[DOSSIER] La génèse de Dragon Quest

Publié le par Evola

[DOSSIER] La génèse de Dragon Quest

Imaginez simplement une quête initiatique s'inspirant de l'atmosphère déjantée de Dragon Ball d'Akira TORRIYAMA plongé dans un univers d'Héroïc-Fantasy le tout soutenu par une narration très maitrisée et une musique enchanteresse. Cependant Dragon Quest n'est pas le premier RPG japonais comme on le lit souvent mais il a popularisé de façon incroyable ce genre né aux Etats-Unis sur les campus américains. Retour en 1974 !

Des Wargames aux RPG sur Micro-Ordinateurs

Le premier jeu de rôle, Donjons & Dragons est créé en 1974 par Gary Gygax et Dave Arneson. A l'origine Gary et Dave sont des fans de Wargames, jeux hérités du kriegspiel permettant depuis le 18ème siècle aux Cadets des écoles militaires prussiennes de simuler les plus grandes batailles historiques (Platée, Azincourt, Waterloo, Alesia etc...).

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Ces Wargames sont des jeux de plateaux se jouant sur une tables avec des dés, des figurines, des pions et des cartes. L'idée des 2 amis est de jouer les scènes de combats inspirées des univers mythologiques nordico-moyenâgeux de Conan le barbare de Robert HOWARD ou du Seigneur des anneaux de JRR TOLKIEN en reprenant les règles des Wargames. Les joueurs incarnent des personnages dotés de caractéristiques et de capacités, vivant des aventures parsemées de péripéties et d'embuches et évoluant dans le monde rempli de créatures fantastiques et de magie proposé par un maitre de jeu. Le jeu de rôle ne se limite pas aux combats, il permet de « jouer » des personnages ayant une personnalité propre et vivant leur vie de héros.

Donjons & Dragons (D&D) va bouleverser la vie de millions de geeks des origines (avant de bouleverser celle des otakus). D&D va devenir sur les campus américains un véritable phénomène de société avec son fandom, ses fanzines, sa terminologie, ses codes etc...

[DOSSIER] La génèse de Dragon Quest

Dès 1974, l'année de naissance de D&D, les geeks des origines n'auront de cesse de vouloir adapter le jeu de Gary Gygax et Dave Arneson sur les ordinateurs des campus notamment les stations de travail PLATO conçues à l'origine pour l'université de l'Illinois. La création de jeux à cette époque est d'autant plus méritante que ceux-ci sont aussitôt effacés lorsqu'ils sont trouvés dans la mémoires des ordinateurs par des profs intransigeants à une époque où il n'y avait pas de possibilité de sauvegarde...

Comme dans le D&D papier sur table il s'agit d'explorer des labyrinthes, d'acquérir de l'expérience, de trouver des clés qui ouvrent des portes derrière lesquelles se cachent des monstres qui protègent des trèsors etc... Très vite sur Apple II, deux jeux vont se tailler une réputation et initier la légende des RPG sur ordinateurs : le Dungeon-crawler en vue subjective Wizardry et Ultima de Richard-Lord British-GARIOTT.

UltimaUltima

Ultima

WizardryWizardry

Wizardry

La genèse de Dragon Quest

En 1982 Yuji HORII remporte dans un concours de programmation de l'éditeur japonais Enix, un voyage à San Francisco lors duquel il va se rendre à l'Applefest. C'est au cours de cet événement organisé par Apple que HORII est subjugué par le jeu Wizadry.

Entretemps au Japon dès 1984, de nombreux jeux influencés par l'heroic-fantasy et D&D vont se succéder : Tower of Druaga de Namco en arcade est un A-RPG mettant en scène un chevalier dans des labyrinthes vu de dessus à la recherche de clés et de trésors qui lui permettront d'accéder à des niveaux toujours plus élevés de la tour de Druaga. The Black Onyx sur micro-ordinateurs japonais est un D-RPG en vue subjective inspiré de Wizardry. Dragon Slayer de Falcom est un A-RPG où un chevalier se déplace sur une carte vue de dessus. Mais tous ces jeux restent toutefois assez rudimentaires.

Tower of Druaga, The Black Onyx, Dragon SlayerTower of Druaga, The Black Onyx, Dragon SlayerTower of Druaga, The Black Onyx, Dragon Slayer

Tower of Druaga, The Black Onyx, Dragon Slayer

Yuji HORII n'a pas renoncé à son idée de créer un véritable RPG et décide de réunir une dream team capable de donner au RPG japonais ses lettres de noblesses. Autour de sa personne il attire Akira TORIYAMA la star du manga qui triomphe avec la série Dragon ball pour le character design et Koichi SUGIYAMA, un compositeur de musiques pour des séries télés ou de publicité, pour la bande son.

L'idée de Yuji HORII est de faire un clone d'Ultima III (déplacement sur une carte vue de dessus) mais avec le système de combat de Wizardry (vue subjective). L'équipe se met au travail en 1985 et le jeu sort en 1986 appuyé par le magazine de mangas Shonen Jump dans lequel sont publiés les mangas d'Akira TORIYAMA et où Yuji HORII écrit des articles. Tous les ingrédients du succès sont réunis. Alors que les RPG occidentaux sont compliqués, ampoulés de grandiloquence et de tout un pathos gothique et sombre issu de l'univers de D&D, Dragon Quest est un RPG simplifié, avec un univers manga à la Dragon Ball dans une parodie pleine d'humour des univers d'héroïc-fantasy.

Akira TORIYAMA, Yuji HORII, Koichi SUGIYAMAAkira TORIYAMA, Yuji HORII, Koichi SUGIYAMAAkira TORIYAMA, Yuji HORII, Koichi SUGIYAMA

Akira TORIYAMA, Yuji HORII, Koichi SUGIYAMA

« Draque » (ou « Dorakue ») 1 et 2 sortent au Japon sur Famicom respectivement en 1986 et 1987 déclenchant une véritable vague d'hystérie collective autour de cette série où le jeu est aussi important dans la culture populaire des Otakus qu'un Mario et plus important que Zelda ...

Les jeux Dragon Quest sont construits autour d'histoires et de thèmes simples mais efficaces le tout narré de main de maître. Dans DQ 1 on doit récupérer la fille du Roi Lorik XVI ainsi que son Orbe de lumière enlevés par le démoniaque DragonLord. Dragon Quest 2 quant à lui commence 100 ans après DQ 1 et cette fois la menace est le sorcier Hargon qui étend sa main noire sur le monde.

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Dès le premier épisode on a la plupart des ingrédients qui codifieront la série voire le RPG japonais tout entier... Un bestiaire de monstres délirants et/ou loufoques , des univers aux graphismes colorés, les aller/Retour Cave/Donjons et Village/Château pour collecter des infos auprès des villageois, tuer les méchants et se procurer les objets nécessaires à la poursuite de l'aventure, avec des déplacements sur une carte le tout vu de dessus les combats se font au tour par tour, les menus s'ouvrant dans des fenêtres, les gains d'expérience s'effectuent après chaque combat pour monter en expérience, etc... Dragon Quest 2 apporte son lot de nouveautés comme la chaine des personnages se suivant à la queuleuleu, les moyens de transport (bateau), une carte avec un monde complet comprenant des océans des rivières et des continents... On progresse sur terre, sous terre, sur mer et sous mer, dans les montagnes, les univers glacés jusqu'à arriver dans l'antre du Démon après bien des péripéties (inutile de tenter de terminer DQ2 sans une soluce). Le jeu est bourré de secrets et d'énigmes parfois bien tordues que les magazines de mangas et la presse vidéoludique japonaise dévoilent au compte goutte participant à la folie de la culture Famicom qui embrase le Japon dans les années 80.

Le phénomène Dragon Quest III au Japon

Dragon Quest III sort le 10 février 1988 sur Famicom dans une atmosphère d'hystérie collective autour de ce titre. Cette cartouche bénéficie de la technique de bankswitching permettant d'avoir plus de rom (jusqu'à 256Ko) et bénéficie d'une pile de sauvegarde grâce à la toute nouvelle puce MMC1. Dragon Quest 1 et 2 s'étant vendus respectivement à 1,3 millions et 2,4 millions et Enix ayant annoncé que seul 1 million d'exemplaires seraient mis en vente le jour de lancement, des files monstrueuses se sont formées devant les boutiques de jeux vidéos, certains gamers campant même dans la rue pour être sur de se procurer ce saint-graal.

Ce 10 février le taux d'absentéisme au travail et dans les écoles ayant battu tous les records ce n'est pas moins de 680 plaintes d'établissements scolaires auprès des autorités qui ont été déposées… La police et le ministère de l'éducation nationale demandèrent alors aux éditeurs de jeux de lancer les jeux à fort potentiel de vente les jours fériés ou pendant les weekends... Au final Dorakue 3 se vendit à 3,8 millions d'exemplaires sur Famicom.

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En France, dans les années 80, les magazines relataient parfois la folie autour de ce jeu s'attardant sur les émeutes (les enfants les plus grands volant le jeu aux plus petits) et expliquaient avec un ton condescendant que rien ne justifiait cet engouement et que ce jeu était réservé au public nippon, le jeu n'étant qu'une simplification consolesque et niaise d'Ultima III. La série Dragon Quest n'est donc jamais sortie en Europe sur Nes… De même aux Etats-Unis, où les épisodes de DQ sont sortis sur la Nes américaine sous le nom de Dragon Warrior, la presse vidéoludique estimait qu'il valait mieux jouer à Ultima qu'à ces mauvais clones.

Cependant les japonais n'avaient cure des critiques malveillantes des occidentaux. Dorakue 3 a poursuivi sa brillante carrière sur Super Famicom où le remake amélioré dans tous les domaines de DQ III s'est vendu à 1,4 million d'unités.

En 2000 Bandaï annonce une version couleur de sa console portable la Wonderswan tandis que l'éditeur Square annonce la sortie sur cette console d'une foule de titres à succès issus du catalogue de la Super famicom. Bandaï s'étant dans le même temps rapproché Sony pour connecter la Wonderswan à la Playsation (Projet WonderWave). La guerre est déclarée entre Bandaï et Nintendo. Et quoi de mieux pour Nintendo que de collaborer avec Enix ??? Ainsi pour contrer la sortie d'un Bundle collector Wonderswan et Final Fantasy 1 pendant les fêtes de Noël de l'année 2000 Enix et Nintendo répliqueront avec Dragon Quest III sur Game Boy Color qui se vendra à plus de 600 000 exemplaires…

Bandaï et Nintendo appuyés l'un par Square et l'autre par Enix, se livreront une lutte sans merci à coups de Final Fantasy vs Dragon Quest et nul doute que la face du marché des consoles portables eût été changé si Dragon Quest n'était venu à la rescousse de la Game boy Color (dans l'attente de la sortie de la GBA)...

[Le test de Dragon Quest III]

Publié dans RETROGAMING, UNE

Commenter cet article

Reppa 27/11/2015 08:49

C'est pour ca qu'a l'époque les japonais ont classé ce DQ dans la catégorie "LRPG" , L pour LIGHT, D&D en extrêmement simplifié et bingo ! C'est pour ça que personnellement je n'utilise jamais le termes JRPG qui veut au final pas dire grand chose.

Excellent Article ! Je suis un grand FAN des DQ et l'arrivée du 7 et 8 sur 3ds c'est de la balle !

pckid 22/08/2014 22:31

Bravo Evola,

C est un article, excellent .Je me rappelle de la boite de d&d.

Sais tu si on peut jouer a dragon quest 1 et 2 en anglais ?

PcKid 25/08/2014 20:02

merci je vais tester celà, avec mon super game boy sur snes.

Sinon, j'ai retrouvé un dragon quest gamecube avec final fantasy 7 preview, et Square Enix on fini par fusionner.

Evola 25/08/2014 19:59

@ PC KID

Oui sur GBC . Dragon Warrior 1 + 2 est la version américaine de Dragon quest 1 +2 ... Une cartouche juste excellentissime !!!

Evola 22/08/2014 14:13

Mes sources .

Ouvrages consultés:

- Game Museum : articles sur la Famicom et la Wonderswan .
- RPG : le jeu de rôle: du papier au pixel (Hors série IG mag)
- IG mag n°4: article « la narration dans Dragon Quest »
- IG mag n°26: articles « Du plateau dans mon jeu vidéo » et « RPG l'histoire d'une méprise ».

Sites consultés:

- Wikipedia english et japonais : article Dragon quest
- StrategyWiki

Barbarian_bros 27/04/2014 23:06

Faute de goût pour la photo de Donjons&Dragons... mettre le jeu de plateau sorti dans les années 2000 et destiné aux plus jeunes et au grand public ... il y a de quoi faire bondir n'importe quel rôliste.

Ca c'est une vraie photo de Donjons&Dragons :
http://intwischa.com/wordpress/wp-content/uploads/2013/02/2013-02-14-12.59.17.jpg

DrFloyd 28/04/2014 19:12

Tu as raison c'est un faute de goût : j'ai mis le vrai jeu de l'époque à la place.