[RETROGAMING] Ayrton Senna's Super Monaco GP II / Megadrive

Publié le par Ouais Supère

Ayrton Senna's Super Monaco GP II
Support: Megadrive
Existe aussi sur Master System et Game Gear
Editeur: Sega
Développeur: Sega
Sortie: 1992

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Lorsqu'après des semaines de tannage intensif, ma mère consent à laisser choir Ayrton Senna's Super Monaco GP II dans son chariot Leclerc (à 12 ans, on croit vraiment que nos parents ne sont pas à 490 francs près), en moi s'insinue un sentiment proche d'une certaine plénitude qui me fait me demander un instant si mes deux pieds touchent bien encore par terre. Vérification faite, c'est bien le cas puisque ceux-ci me permettent, actionnés de façon parfaite et alternative, de franchir l'espace qui sépare l'entrée du parking de notre Renault 18 avec une rapidité qui m'effraiera moi-même (« M'man dépêche-toi!! »).

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Et pourtant, à cette époque, s'il en est un que je hais au milieu des héros de ma passion pour la F1 (qui dès le GP de Monaco 1992 laissera le football plusieurs longueurs en arrière, et ça dure depuis), c'est bien Ayrton Senna da Silva. Pour de mauvaises raisons, celles d'un gamin franchement chauvin qui sait qu'il est l'ennemi juré d'Alain Prost, « l'un des plus grands (oui, enfin...) Français qu'on ait eu du monde », et qui s'est pris de fanatisme pour un moustachu Anglais et sa sublime Williams FW14 à moteur Renault (et cocorico encore). Il faudra 1994, lorsque ces deux héros furent en retraite et qu'il ne restait plus que le Brésilien à qui s'accrocher face à un Schumacher que je n'aimais guère, et ce foutu 1er mai passé pour moitié à retenir mes larmes, pour me faire réaliser l'immensité de ma connerie.


Mais de ce titre à rallonge, je ne retenais en fait que trois mots : Super Monaco GP. J'avais eu le loisir de voir les grands jouer à cette borne alors fabuleuse. Je n'avais jamais passé le cap de l'insertion de pièce pour cette raison: ce siège baquet, ces graphismes, cette vitesse hallucinante, assurément ce jeu était pour les adultes, pas pour un gosse comme moi. Plus tard, possesseur d'une Megadrive, je me sentais enfin autorisé à m'y essayer dans sa version console. Que je n'ai jamais trouvée, d'ailleurs, mais peu importait puisqu'entre temps était sorti ce second opus.

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Une sortie en terrain conquis, d'ailleurs. La Super Nintendo arrive en Europe, mais son F1 Exhaust Heat qui promet déjà de dégueuler son mode 7 directement sur les pompes des Sega-maniaques, n'est prévu que pour plus tard, F1 Pole Position seulement en projet, ce qui, en attendant, laisse toute latitude à ce Super Monaco GP II pour se succéder à lui-même. Est-ce pour cette raison, renforcée par le pouvoir attractif d'une supervision (non, pas la console portable) par un charismatique triple champion du monde de F1 (Ayrton Senna, il faut le savoir, était un dieu vivant, au Japon) qu'il ne demeure qu'une mise à jour de son prédécesseur?

Car, en effet, si ce jeu fut parfois accueilli un peu fraîchement, malgré son indéniable qualité, par la critique vidéoludique, le reproche principal qui lui fut adressé n'est pas sans fondement. Si Super Monaco GP pouvait être considéré comme « en avance » lors de la parution de son adaptation Megadrive en 1989 (quoi qu'un petit Indianapolis 500 sur micro...), en 1992, ce n'était clairement plus le cas et l'on était en droit d'attendre mieux, si ce n'est (ou plutôt « non seulement ») techniquement, au moins pour ce qui concerne le contenu. Au lieu de ça, un mode Senna GP constitué de trois circuits choisis et commentés par Ayrton Senna lui-même remplace l'ancien Super Monaco GP pour ce qui concerne la partie « arcade » de la cartouche, et le mode World Championship ne s'enrichit que d'un mode débutant et d'une possibilité de sauvegarde par pile. C'est à dire pas grand chose. Toutefois, si ce dernier détail peut sembler anodin, il faut savoir que les sauvegardes du premier opus consistaient en un mot de passe de 64 caractères. Oui, j'ai bien dit 64 caractères, à noter (à une époque où on ne pouvait pas encore dégainer son iPhone pour prendre l'écran en photo), et évidemment à retranscrire lors de la reprise d'une partie. Il devait y avoir des moments où la tentation d'enfourner la cartouche dans le fion de Maître Sega devenait irrépressible.

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Si le mode Senna GP, à mon sens, notamment à cause de la faiblesse du challenge qu'il constitue, n'offre que peu d'attraits, le mode Championnat, pour semblable qu'il soit à celui du premier Super Monaco GP, demeure excellent. On retrouve avec malice, puisque ce jeu n'est pas sous licence officielle, les noms transformés de quelques uns des véritables pilotes de la saison 1991, ainsi que ceux, déformés, des écuries engagées : Madonna pour McLaren, Firenze pour Ferrari, Minarae pour Minardi, etc, ainsi que, pour faire le nombre, Serga pour... Sega ?!
Euh, attendez, stop.
Ça voudrait dire que Sega n'a même pas eu la licence pour utiliser son propre nom ?

On imagine le brainstorming chez Sega:
« - Chef, on commence à être à court de noms détournés pour les équipes, si on rajoutait un team Sega pour faire le nombre ?
- Non attendez, faites gaffe, les mecs, déconnez pas, on a pas la licence, si vous plaisantez avec ça c'est le chômdu pour toute l'équipe dans l'heure qui suit...
- … Euh... D'accord. »

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A chacune de ces écuries correspond une voiture aux caractéristiques propres, et, évidemment, plus celle-ci est haut dans la hiérarchie, plus elle est rapide et plus vous aurez de facilité à vous mêler à la lutte pour les gros points. Mais s'il est possible de quitter une écurie moyenne pour les sirènes d'une meilleure, n'oubliez pas que le risque demeure de vous faire lourder en cas de contre-performances répétées. Assurez-vous donc, avant d'accepter les alléchantes propositions qui vous seront faites, que vous êtes capables de régularité dans la performance. De même, les mécano qui vous accueilleront à la descente de voiture seront aussi prompt au reproche qu'au compliment, et vous songerez parfois que vous étiez bien plus à votre aise dans la piteuse écurie Moon, où quoi qu'il arrive votre staff accablait la voiture, que dans ce superbe top team qui ne vous pardonne pas grand chose. D'ailleurs, afin de bien faire le tour du jeu, je trouve pour ma part extrêmement amusant de commencer par me faire renvoyer des équipes huppées pour tenter de l'emporter avec une F1 de bas de tableau. Enfin, il est à noter que le système de défis vous permettant de soigner votre cote auprès des team managers est conservé dans ce Super Monaco GP II.

Techniquement, les améliorations sont faméliques, certes. Tout juste les graphismes paraissent-ils un peu plus fins, peut-être, que dans le premier opus. En revanche, là où l'intérêt d'avoir accolé le nom d'Ayrton Senna à ce titre est palpable, c'est qu'il nous donne droit à de superbes photos digitalisées du champion. L'animation est excellente, fluide, rapide, et, couplée à une profondeur de champ parfaite, rend le jeu tout à fait immersif (comme pouvait l'être un jeu de F1 à l'époque, bien entendu). La maniabilité est impeccable, au bémol près que, à titre personnel (et merci le pad Megadrive), j'ai toujours eu de grosses difficultés, dans les virages, à n'appuyer strictement que sur « gauche » et « droite », et plutôt tendance, inconsciemment, à naviguer de « gauche-bas » à « bas-droite ». Dit comme ça, ça ne vous parle peut-être pas, mais il faut savoir que « bas » et « haut » servent, selon la configuration, à monter ou descendre les rapports, et que du coup il me faut systématiquement régler la manette pour que « bas » serve à passer la vitesse supérieure plutôt qu'à rétrograder, car rétrograder dix fois par tour de façon involontaire est absolument insupportable, nerveusement, parce que ponctué d'une grondement sonore immonde censé exprimer le sur-régime moteur. D'ailleurs, passons rapidement sur le son, médiocre, et peu réaliste, mais précisons qu'une nouvelle fois Ayrton sauve la mise par sa voix, digitalisée elle aussi, et dont l'accent Brésilien reconnaissable entre mille apporte le proverbial petit supplément d'âme à coup de « congratulations », « keep it up » et autre « final lap ».

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En ce qui concerne la difficulté du jeu, il faut avouer qu'elle est réduite. 90% des virages se passent à fond absolu pour peu que l'on se mette bien à l'intérieur, et les autres ne nécessitent qu'une rétrogradation sauvage sans même décélérer, ce qui, dans la réalité, donnerait lieu à de sublimes et étincelants envols de culasse. La pluie (très jolie), qui, c'est nouveau, s'invite sur certaines courses, ne modifie pas fondamentalement (voire... pas, tout court) le comportement de votre auto, ce qui est dommage car le moyen était tout trouvé pour relever quelque peu le challenge. Percuter les éléments du décors est toujours aussi peu pénalisant, et il faut vraiment le vouloir ou bien être distrait pour aller faire valser la traditionnelle roue qui casse dans le bas-côté, grand classique des jeux de F1 de l'époque, et qui fait systématiquement se demander si les concepteurs ont vraiment déjà vu la tronche d'une F1 qui heurte un muret (à deux ans près, ils auraient pu demander à Senna, tiens).

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Alors, oui, Ayrton Senna's Super Monaco GP II n'est pas très difficile. Oui, il n'est qu'à peine une mise à jour de son prédécesseur, qui accuse pourtant trois ans de plus. Oui, il est plus que probable qu'il ait joué de l'aura du triple champion du monde de F1 Brésilien pour se tailler un succès facile. Pour autant, il m'est impossible, à moins de me renier totalement, de ne pas prendre la défense de ce jeu. Quand bien même il a évidemment souffert des évolutions technologiques ultérieures (les simulations de course automobile -les simulations tout court, d'ailleurs-, vieillissent vite, très vite, parce qu'elles sont basées sur une imitation de la réalité, et que la réalité s'imite chaque jour mieux que la veille), j'ai pris un plaisir énorme à m'y replonger. Le caractère immédiat et agréable de sa prise en main en font un défi qu'il est bien agréable de relever de temps en temps. Par ailleurs, il est un fait qu'il est resté, sur Megadrive, à peu près inégalé jusqu'à l'extinction de cette console, le F1 de Domark (l'adaptation déguisée de Vroom) constituant, à mon sens, sa seule alternative valable. Et, enfin, c'est sans doute là son principal attrait, il est empreint de la fameuse « patte Sega », aujourd'hui reléguée au rang des lointains souvenirs par ceux même qui prétendent perpétuer son nom, ce feeling arcade et éminemment ludique qui fait qu'il est impossible de le confondre avec n'importe quel autre jeu du même genre.


« Nice driving », crachote Ayrton Senna depuis les cieux de son repos éternel au travers des minces processeurs sonores de l'élégante 16 bits. Il a tout dit.

SUPPOS : 5/6

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Drakkhen 19/04/2014 10:26

Bravo pour l'article.

Mais vraiment, là on comprend mieux le gouffre qui séparait le monde du jeu PC et celui des consoles.
Evidemment, le prix et les capacités d'un PC à cette époque était sans commune mesure avec celui d'une Megadrive.

Mais quand même, en 1992 sortait Fomula One Grand Prix de Geoff Crammond qui contenait toutes les équipes et pilotes de la saison 1991 (sous des faux noms car là non plus pas de licence officielle pour le jeu, mais ils étaient facilement éditables).
Le tout dans une installation complète de 6.28 Mo

Ah glory days...

Portekwa 20/04/2014 10:33

Très bon test
Quel plaisir de lire un article sans écriture sms ou kikoulol.
Pour information il existe deux versions de VROOM sur MD, F1 et sa version updatée F1 WORLD CHAMPIONSHIP 1994.

Olivier 19/04/2014 09:09

Je lis, ou relis, ce test avec beaucoup de plaisir.

Merci à toi !

lemanscity72 19/04/2014 08:07

490 BALLES ?!!!!

Je l'ai raké 395Frs à l'époque (j'ai encore le prix sur la boite...), Leclerc été déjà cher, ou pas ...

gazza8 13/01/2011 07:14



À nouveau un test avec un très bon style, bravo Ouais Supère !


Et les références comme "chariot Leclerc, 12 ans et 490 francs", j'y suis très sensible ; c'est surtout pour cela que je lis des articles retrogaming



Ouais_supère 12/01/2011 23:16



J'ai évoqué ce jeu, en fin d'article.


C'est en effet un très bon jeu.



Rosco 19/04/2014 01:13

+1

youki 12/01/2011 23:02



Pour moi le meilleur de F1 sur Megadrive, c'est F1 World Championship 


[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=qofonsN3Nwc[/youtube]


Connu aussi sous le nom de VROOM sur ST et Amiga .


Ce jeu est un bijou! une fluidité et une vitesse incroyable. Meme en 2 joueurs.


 


 



Nostalgia 12/01/2011 21:24



Excellent test, tu devrais rédiger tout les articles de ce blog.



Axis 12/01/2011 19:18



Ayrton Senna ? Ce n'est pas le mec qui a mal tourné ? 



Froogi Frogg 12/01/2011 15:59



Super test (ça fait du bien de lire du bon ici de temps en temps) qui, s'il ne me parle que peu en terme de style de jeu, n'aimant pas les jeux de course à cette époque, me parle déja plus en
tant que gamer. Et faire tenir jusqu'au bout et avec plaisir la lecture de ton test à des gens comme moi (un réfractaire aux jeux de courses hein, pas une personne de bon goût ) est gage de réussite. Bravo!



Ouais_supère 12/01/2011 15:34



Merci à vous.



kenshiraoh 12/01/2011 15:09



Comme le dit Droom, ça fait du bien de sentir l'émotion derrière ce magnifique test.


Sans oublier qu'il est très bien rédigé et que ça fait vraiment plaisir aux yeux et au cerveau (j'ai même pu revoir mon vocabulaire avec "famélique" dont le sens m'échappait :))


Bref, merci beaucoup !



droom 12/01/2011 13:39



Alors la bravo pour ce merveilleux test qui ma ramener a mes 13ans, j'ai eu  l'impression de lire un test de player one de la bonne époque ( beaucoup d 'humain et de ressenti dans ce test)
     j en veut encore....bravo Mr le barbu  continuez le combat



Ouais_supère 12/01/2011 12:52



Hum, non, je ne trouve pas.


Je préfère assez largement Super Monaco GP à Nigel Mansell's World Championship, dont je n'aime pas la maniabilité.


Mais c'est vrai que dans un sens, il est le concurrent le plus direct de SMGP2.


Il en existe une bonne version sur Amstrad CPC, au passage. D'ailleurs les deux jeux de F1 estampillés "Nigel Mansell" sont bons, sur CPC.



timekiller 12/01/2011 09:50



Effectivement un bon jeu mégadrive, pour moi le meilleur jeu de F1 de l'époque restera sur SNES : 


Nigel Mansell's World Championship Racing